Récap

Cyber Recap du 20 juillet au 26 juillet

Résumé

Au menu cette semaine : un agriculteur qui refuse 13 millions pour préserver ses terres face à un datacenter d'IA, Google poursuivi pour avoir pillé des millions de livres, un malware Mac particulièrement vicieux, LinkedIn envahi par les robots, l'IA agentique sous surveillance de la CNIL, et l'Assemblée nationale qui veut sortir la France de Microsoft.

Un agriculteur refuse 13 millions pour un datacenter d'IA

En Pennsylvanie, Mervin Raudabaugh, 86 ans, a refusé 13 millions d'euros pour que ses 100 hectares de champs soient transformés en datacenter d'intelligence artificielle. Il a préféré céder ses droits de développement à un fonds de préservation agricole pour 1,7 million d'euros, garantissant ainsi la vocation agricole de ses terres à perpétuité. Un refus qui illustre la tension croissante entre notre appétit numérique et les ressources réelles de la planète.

Les datacenters sont indispensables au fonctionnement de nos services quotidiens : stockage cloud, streaming, intelligence artificielle, jeux en ligne. Mais leur empreinte est considérable. L'Agence internationale de l'énergie estime qu'ils ont consommé 560 milliards de litres d'eau en 2023. Avec l'explosion de l'IA générative, la société Hines Research prévoit qu'il faudra 16 000 hectares supplémentaires de terrains, soit le double de la surface actuelle.

Google poursuivi pour avoir utilisé des millions de livres sans autorisation

Plusieurs grandes maisons d'édition dont Hachette, Cengage Learning, Elsevier et l'écrivain Scott Turow ont déposé plainte en juillet 2026 à New York contre Google. Ils reprochent d'avoir utilisé des millions d'ouvrages protégés issus de Google Books pour entraîner Gemini, son intelligence artificielle générative, sans jamais demander l'autorisation aux auteurs ni aux éditeurs.

Si l'IA peut produire un résumé, un texte ou même un livre entier « à la manière de », pourquoi acheter l'original ? Cette question met en lumière une réalité inconfortable : ces outils se nourrissent de contenus créés par des humains, souvent sans leur consentement ni rémunération.

ClickLock : le malware Mac qui prend votre machine en otage

Un nouveau logiciel malveillant visant les Mac, baptisé ClickLock, a été repéré par Group-IB en juin 2026. Son principe est redoutable : il bloque complètement votre ordinateur en fermant toutes vos applications toutes les 210 millisecondes, pendant jusqu'à 83 heures. Finder, Safari, Chrome, le Terminal, le Moniteur d'activité... tout se ferme en boucle. La seule chose qui reste à l'écran est une fenêtre vous demandant votre mot de passe.

Le malware arrive via une technique appelée ClickFix : vous tombez sur une page qui ressemble à une vérification Cloudflare et vous demande de copier-coller une commande dans le Terminal de votre Mac pour « résoudre un problème ». Une fois la commande lancée, une fausse fenêtre système apparaît avec votre vrai nom d'utilisateur et le logo Apple. Si vous entrez votre mot de passe, vos données partent immédiatement. Si vous annulez, le piège se referme différemment : le malware s'installe discrètement et se lance automatiquement à votre prochaine connexion.

LinkedIn envahi par l'IA : 40 % des posts longs générés automatiquement

Plus de 40 % des publications longues sur LinkedIn sont désormais entièrement générées par intelligence artificielle. C'est ce que révèle une étude de Pangram, publiée en juillet 2026, qui a analysé plus d'un million de contenus sur différents réseaux sociaux. Vous les reconnaissez peut-être : ces posts qui commencent par « J'ai longtemps hésité avant de partager ceci », enchaînent sur « Et là, j'ai compris une chose essentielle », puis transforment une anecdote banale en leçon de leadership inspirante.

IA agentique : quand votre assistant virtuel agit à votre place

Les intelligences artificielles évoluent. Elles ne se contentent plus de répondre à nos questions : elles agissent désormais à notre place. C'est ce que l'on appelle l'IA agentique, capable de réserver votre restaurant, commander vos courses ou gérer votre agenda sans votre validation à chaque étape. Dans une note publiée le 20 juillet 2026, la CNIL et le Conseil de l'IA et du Numérique sonnent l'alerte sur les risques de cette nouvelle génération d'IA pour nos données personnelles.

L'IA agentique, c'est la suite logique de l'IA générative. Mais au lieu de juste répondre à vos questions, elle passe à l'action : elle peut se connecter à votre boîte mail, votre agenda, vos applications de réservation, votre banque, et effectuer des tâches concrètes sans que vous ayez à tout faire manuellement. Le problème, c'est que pour être vraiment efficace, cette IA doit connaître énormément de choses sur vous : vos goûts, vos habitudes, vos contacts, votre localisation, votre historique d'achats.

Ces systèmes créent ce que la CNIL appelle un « changement d'échelle » dans le traitement de vos données personnelles. Pour agir à votre place, l'IA agentique doit accéder à plusieurs services en même temps : votre messagerie, vos réseaux sociaux, vos applications de santé, votre banque, vos outils professionnels. Elle circule entre tous ces services, collecte des données à chaque point, et les combine. Résultat : vos données personnelles circulent bien plus qu'avant, souvent sans que vous sachiez exactement où elles vont.

Contrairement aux IA classiques qui « oublient » entre deux conversations, l'IA agentique conserve un historique complet de vos interactions. Cette mémoire persistante permet de créer un profil hyperpersonnalisé de vous. Autre problème : les responsabilités sont diluées. Quand votre IA agentique réserve un billet d'avion à votre place en se connectant à une agence de voyage, qui est responsable si vos données bancaires fuient ? L'IA ? L'éditeur de l'assistant ? L'agence de voyage ?

L'Assemblée nationale veut sortir la France de Microsoft

Une commission d'enquête parlementaire vient de publier un rapport de 400 pages sans détour : la France est massivement dépendante de Microsoft, au point que cela devient un risque géopolitique. Microsoft a coûté 115 millions d'euros à l'État français en 2025, uniquement sur le périmètre étudié par l'Assemblée nationale. Sur les 50 premiers fournisseurs de logiciels utilisés par l'administration, 80 % des achats vont vers des acteurs américains. Au total, l'État dépense au minimum 1,5 milliard d'euros par an en logiciels extra-européens, dont 1 milliard pourrait dès aujourd'hui être réorienté vers l'open source.

Microsoft domine parce que ses outils sont partout, intégrés, et fonctionnent ensemble : Windows sur les ordinateurs, Office pour les documents, Outlook pour les mails, Teams pour les réunions et OneDrive pour le stockage. Dans les administrations comme dans les entreprises, tout le monde utilise les mêmes outils, donc tout le monde continue. Changer de suite logicielle impose de former les équipes, de repenser les processus. Résultat : on reste sur nos acquis, même quand ça coûte cher ou que nos données partent aux États-Unis.

Conclusion

Cette semaine nous rappelle une réalité de fond : nos usages numériques ont un coût réel, bien au-delà de nos abonnements mensuels. Le numérique n'est pas immatériel. Chaque clic, chaque sauvegarde, chaque requête IA mobilise des ressources physiques, énergétiques et humaines. Reprendre le contrôle ne signifie pas tout abandonner, mais faire des choix plus conscients : privilégier les sources originales plutôt que les réponses générées, limiter les accès accordés aux assistants virtuels, tester des alternatives européennes ou open source, et surtout se poser cette question simple avant chaque nouveau service : en ai-je vraiment besoin, et à quel prix ?

La bonne nouvelle, c'est que des solutions existent.

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