Microsoft a coûté 115 millions d'euros à l'État français en 2025, uniquement sur le périmètre étudié par l'Assemblée nationale. Un chiffre en hausse, alors que des alternatives existent. Mais, selon une commission d'enquête parlementaire qui vient de rendre son rapport de 400 pages, cette dépendance n'est plus seulement une question budgétaire mais aussi un risque géopolitique de premier plan.
Le rapport est sans détour : sur les 50 premiers fournisseurs de logiciels utilisés par l'administration, 80 % des achats vont vers des acteurs américains. Microsoft, VMware et Oracle concentrent l'essentiel de cette dépendance. Au total, l'État dépense au minimum 1,5 milliard d'euros par an en logiciels extra-européens, dont 1 milliard pourrait dès aujourd'hui être réorienté vers l'open source. Quand on sait qu'un juge de la Cour pénale internationale s'est retrouvé banni des outils numériques américains du jour au lendemain, on comprend que le problème dépasse largement la facture.
Pourquoi Microsoft est partout ?
Microsoft domine parce que ses outils sont partout, intégrés, et fonctionnent ensemble : Windows sur les ordinateurs, Office pour les documents, Outlook pour les mails, Teams pour les réunions et OneDrive pour le stockage. Une intégration qui créé une habitude et surtout un confort difficile à quitter.
Dans les administrations comme dans les entreprises, on retrouve le même schéma : tout le monde utilise les mêmes outils, donc tout le monde continue. Changer de suite logicielle impose de former les équipes ou même de repenser les processus. Résultat : on reste sur nos acquis, même quand ça coûte cher ou que nos données partent aux États-Unis...
Une dépendance qui coûte cher... et expose nos données
Le rapport de la commission révèle des chiffres inédits sur l'accès américain aux données européennes. Au second semestre 2025, Microsoft a reçu 5 587 demandes de divulgation de données pour ses clients dans le monde, et y a répondu favorablement dans 75 % des cas. Google, de son côté, a reçu 60 000 demandes, satisfaites à 89 %. Ces requêtes, possibles grâce au Cloud Act américain, permettent aux autorités des États-Unis d'accéder aux données stockées sur leurs serveurs, même si vous êtes en France.
Mais il y a plus grave encore : l'affaiblissement des compétences numériques internes. Au ministère de la Justice, la direction du numérique compte 666 employés, dont seulement 20 développeurs. À côté, 200 millions d'euros par an partent en prestations externes, soit l'équivalent de 1 500 employés. Le rapport est clair : recourir à des prestataires coûte 20 % plus cher qu'employer des agents publics aux mêmes compétences. Et plus on externalise, plus on devient dépendant.
Un exemple frappant : la gendarmerie, passée sous Linux dès les années 2000, affiche une dépendance quasi nulle à Microsoft. À l'inverse, les ministères qui externalisent le plus (Justice, Affaires sociales) sont aussi les plus dépendants.
Un lobbying massif pour affaiblir la régulation
Les géants américains du numérique ont dépensé 35 millions d'euros en lobbying en 2025, avec 210 lobbyistes et 265 rendez-vous obtenus auprès de la Commission européenne. Plus d'un rendez-vous par jour ouvré. Ces pressions auraient directement inspiré les mesures d'affaiblissement du RGPD prévues dans l'omnibus numérique. Pendant ce temps, sur les 3,5 milliards d'euros d'amendes RGPD prononcées par l'Irlande entre 2020 et 2024, seuls 0,6 % ont été recouvrés.
Mon conseil
Commencez petit : vous n'êtes pas obligé de tout changer d'un coup. Testez une alternative pour un usage précis (LibreOffice pour vos documents, ProtonMail pour une adresse mail sécurisée, Nextcloud pour le stockage de photos). Vous verrez rapidement si ça correspond à vos besoins.
Privilégiez les services européens ou open source : ils respectent mieux vos données, coûtent souvent moins cher, et réduisent votre exposition aux législations extraterritoriales américaines.
Si vous êtes une TPE ou une association : interrogez votre prestataire informatique sur les alternatives. Beaucoup existent, mais ne sont pas proposées par défaut.