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138 députées européennes victimes de deepfakes pornographiques

Une femme élue sur quatorze en Europe risque de voir son image détournée pour créer de fausses vidéos pornographiques. Les hommes politiques, pourtant deux fois plus nombreux, sont trente-trois fois moins touchés. Cette violence numérique ciblée vise à salir, humilier et faire taire.

Sources utilisées :

Une députée européenne sur quatorze risque de voir son visage collé sur des corps dans des scènes pornographiques générées par intelligence artificielle. Le think tank allemand Agora Digitale Transformation a recensé 138 femmes parlementaires issues de 22 pays de l'Union européenne dont l'image a été détournée de cette manière. Du côté des hommes, deux fois plus nombreux dans ces assemblées, seuls neuf élus subissent ces manipulations.

Les femmes politiques encourent donc 33 fois plus de risques que leurs collègues masculins de retrouver leur image dans ces montages dégradants, destinés à humilier et salir la réputation de celles qui osent occuper l'espace public.

Les deepfakes pornographiques, une arme accessible à tous

Les deepfakes sont des vidéos ou des images créées qui remplacent le visage d'une personne par celui d'une autre. La technologie nécessaire pour fabriquer ces montages était "complexe" il y a encore quelques années. Aujourd'hui, n'importe qui peut créer un deepfake en quelques clics, souvent pour seulement quelques euros.

Des dizaines d'applications et de sites proposent des outils de « nudification » : vous téléchargez une photo habillée, le logiciel génère une version dénudée. D'autres plateformes hébergent directement des deepfakes pornographiques de personnalités, classés par nom, profession ou pays. Certains sites vont encore plus loin en associant des photos officielles de parlementaires à des liens vers ces outils de manipulation, créant de véritables « portails » dédiés. En mars dernier, je vous expliquais comment l'Union européenne préparait l'interdiction de ces outils de nudification après le scandale Grok, mais force est de constater qu'ils restent massivement accessibles.

Les femmes visibles, cibles prioritaires

L'étude d'Agora Digitale Transformation a passé au crible 5 872 membres de parlements nationaux dans les 27 États de l'Union européenne. Les chercheurs ont testé leurs noms sur 160 sites connus pour héberger des deepfakes pornographiques, des « fuites » d'images de célébrités et d'autres contenus sexistes.

Résultat : 7,3 % des femmes députées sont touchées, contre 0,2 % des hommes. Les femmes occupant des postes à responsabilités (dirigeantes de parti, ministres, ...) sont encore plus exposées. Plus vous êtes visible médiatiquement en tant que femme, plus vous risquez de subir ce type d'attaque.

Autre constat troublant : le fait qu'un pays ait adopté des lois spécifiques contre les deepfakes pornographiques, comme la France ou l'Italie, ne change rien. En juillet dernier, la députée européenne française Emma Fourreau a découvert son image manipulée par des comptes d'opposants politiques, malgré l'arsenal législatif français.

Ce que vous devez savoir

  • Cette violence touche toutes les femmes, pas seulement les élues. Les collégiennes, les enseignantes, les collègues de travail sont également visées par ces montages dégradants
  • Les deepfakes pornographiques servent à harceler, faire chanter et détruire des réputations. Dans le cas des femmes politiques, l'objectif est clair : les décourager de rester dans l'espace public
  • La loi existe mais peine à être appliquée. En France, créer ou diffuser un deepfake pornographique sans consentement est puni par la loi. Mais la rapidité de diffusion en ligne et l'anonymat des auteurs compliquent les poursuites
  • Les plateformes réagissent lentement. Les sites hébergeurs mettent parfois des semaines à retirer les contenus signalés, pendant lesquelles les victimes continuent de subir l'humiliation publique

Mon conseil

Limitez la diffusion de vos photos en haute qualité sur Internet. Plus il existe de matériel visuel exploitable vous concernant, plus il sera facile de créer un deepfake convaincant. Paramétrez vos comptes sur les réseaux sociaux pour contrôler qui peut voir et télécharger vos images.

Si vous découvrez un deepfake pornographique de vous, ne restez pas seul·e. Contactez immédiatement la plateforme pour demander le retrait (gardez des captures d'écran horodatées), déposez plainte auprès de la police, et faites-vous accompagner par une association spécialisée dans les violences numériques.

Ne partagez jamais ce type de contenu, même pour dénoncer ou informer. Chaque partage amplifie l'humiliation de la victime et prolonge son calvaire. Signalez directement le contenu aux plateformes.

Soyons honnêtes, tant que ces outils resteront accessibles et que les sanctions resteront théoriques, cette violence continuera. Mais en comprenant le mécanisme et en refusant de participer à la diffusion, vous contribuez déjà à protéger les victimes.

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