Un téraoctet de données en dix jours. Pour une cafetière. Vous lisez bien : 1 008 gigaoctets transitant depuis une machine à café connectée, installée dans la cuisine des parents d'un informaticien américain. L'homme, qui se présente sous le pseudonyme Nomad, administre à distance le réseau domestique de ses parents. En consultant les logs, il tombe sur cette anomalie absurde.
Je dois vous l'avouer : cette affaire me fascine autant qu'elle m'inquiète. Parce qu'elle montre, de manière spectaculaire, à quel point nous n'avons aucune idée de ce que font réellement les objets connectés que nous installons chez nous. En août dernier, je vous parlais déjà des risques posés par l'enceinte connectée d'OpenAI, équipée de caméra et de micros permanents. Avec cette cafetière, on découvre qu'un simple appareil électroménager peut générer un trafic réseau aussi massif qu'incompréhensible.
Une cafetière "intelligente" comme des milliers d'autres
Le modèle en question est une Keurig K-Supreme SMART, une machine à café connectée vendue aux États-Unis. Ce type d'appareil permet de programmer son café depuis une application mobile, de suivre ses capsules restantes, ou encore de personnaliser ses recettes. Rien d'extraordinaire : des dizaines de marques proposent aujourd'hui des cafetières, des bouilloires, des friteuses ou des robots cuiseurs connectés.
Des objets qui séduisent par leur promesse de confort : contrôle à distance, automatisation, personnalisation. On les installe, on les connecte au Wi-Fi, et on n'y pense plus. Sauf que derrière cette simplicité, il y a une réalité technique que personne ne voit : ces appareils communiquent en permanence avec des serveurs distants.
1 000 gigaoctets : mais pour faire quoi exactement ?
Nomad a publié les captures d'écran de son analyse réseau. Le chiffre est là, noir sur blanc : 1 008 Go en dix jours et neuf heures. Pour donner un ordre d'idée, c'est l'équivalent de plusieurs centaines d'heures de vidéo en streaming haute définition, pour une cafetière...
Deux hypothèses sont sur la table :
- la première : un bug logiciel qui aurait déclenché une boucle infinie, envoyant sans arrêt les mêmes données vers les serveurs de Keurig
- la seconde, plus inquiétante mais non confirmée, serait que l'appareil scanne activement le réseau domestique et remonte des informations sur les autres équipements connectés.
Ce type de pratique opaque n'est pas sans rappeler la polémique autour des téléviseurs LG OLED et de leur gestion des données.
Keurig, le fabricant, n'a pas fourni d'explication publique. Nomad a indiqué avoir débranché la cafetière et envisager d'en acheter une nouvelle, non connectée cette fois, pour ses parents.
Mon conseil
Posez-vous systématiquement cette question avant d'acheter un objet connecté : ai-je réellement besoin qu'il soit connecté ? Une cafetière qui fait du café, un grille-pain qui grille du pain, une bouilloire qui chauffe de l'eau : des objets qui fonctionnent parfaitement depuis des décennies sans Wi-Fi. La connectivité n'est pas toujours un progrès.