1,5 MILLIARD de dollars. C'est la somme qu'Anthropic, l'entreprise qui édite le chatbot Claude ou encore Claude code, vient d'accepter de verser à 500 000 auteurs. Elle a entraîné son intelligence artificielle sur des livres téléchargés illégalement, via des sites pirates comme Library Genesis.
Les IA que nous utilisons tous les jours ont été nourries avec des contenus dont personne n'a demandé l'autorisation. Et derrière les chiffres vertigineux, il y a une question simple : peut-on bâtir une technologie sur le dos des créateurs ?
Claude : un concurrent de ChatGPT en pleine croissance
Si vous n'avez jamais entendu parler de Claude, c'est normal : il est moins médiatisé que ChatGPT. Mais c'est l'un des chatbots d'IA les plus performants du marché, développé par Anthropic, une entreprise fondée par d'anciens cadres d'OpenAI. Claude est utilisé par des millions de personnes dans le monde, notamment pour rédiger, analyser des documents, coder ou simplement répondre à des questions complexes.
Comme tous les modèles d'IA générative, Claude a été entraîné sur d'énormes quantités de textes : articles, sites web, mais aussi... des livres. Beaucoup de livres. Et c'est là que le bât blesse.
Des millions de livres piratés dans les tuyaux de l'IA
En août 2024, trois auteurs américains portent plainte contre Anthropic. Leurs livres ont été utilisés sans leur accord pour entraîner Claude, et l'enquête révèle qu'Anthropic n'a pas uniquement numérisé des ouvrages achetés légalement. L'entreprise a aussi téléchargé et stocké des millions de livres depuis Library Genesis et Pirate Library Mirror, deux plateformes pirates bien connues.
Le juge William Alsup, qui a géré le dossier jusqu'en juin 2025, a posé une distinction importante : entraîner une IA sur des livres achetés et numérisés légalement peut relever du "fair use" (usage équitable), un principe du droit américain qui autorise certaines utilisations sans autorisation. Mais télécharger des millions d'ouvrages piratés, c'est une autre histoire. Ça, c'est du piratage pur et simple.
Pourquoi Anthropic a-t-elle préféré payer ?
Si l'affaire était allée au procès, les dommages légaux auraient pu atteindre 150 000 dollars par livre. Pour 500 000 ouvrages, la facture théorique dépassait les dizaines de milliards. Anthropic a fait ses calculs : payer 1,5 milliard (soit 3 000 dollars par livre) était bien moins risqué. La juge Araceli Martínez-Olguín a validé l'accord, malgré les objections de plusieurs auteurs qui trouvaient le montant dérisoire face aux revenus générés par l'IA.