67 % des adolescents interrogés estiment que l'adulte qui s'occupe principalement d'eux passe son temps sur son smartphone alors qu'il devrait faire autre chose. Plus inquiétant encore : 70 % considèrent que cette utilisation a un impact au moins partiellement négatif sur leur relation. On parle beaucoup du temps d'écran des enfants, mais beaucoup moins de celui des parents devant leurs propres enfants.
Cette pratique porte un nom : le « phubbing » (contraction de phone et snubbing, ou « télésnobage » en français). Elle consiste à snober quelqu'un en consultant son téléphone en sa présence. Et elle pourrait avoir des conséquences durables sur le lien affectif entre parents et adolescents.
Une pratique généralisée, peu étudiée en contexte familial
Le phubbing n'est pas un phénomène nouveau. Des chercheurs ont même publié récemment une revue systématique recensant les études sur ce sujet. Mais la plupart de ces travaux portent sur les relations entre adultes (couples, amis, collègues).
Pourtant, ce réflexe est devenu banal : on sort son téléphone dès qu'on a un moment de pause, on scrolle machinalement, on répond à un message « vite fait » pendant qu'on discute. En présence d'un enfant ou d'un adolescent, ce geste anodin devient un signal répété : « je ne suis pas pleinement disponible pour toi ».
Une étude qui mesure l'interférence des appareils
Des chercheurs en psychologie du Newport Healthcare, à Nashville, ont voulu quantifier ces interférences. Ils ont mis au point un test baptisé Device Attachment Interference Scale (DAIS), qui mesure comment l'usage du smartphone par les parents affecte la relation d'attachement avec leurs enfants.
575 adolescents de 12 à 17 ans ont été interrogés sur leurs perceptions. L'adulte concerné était majoritairement une figure maternelle (mère, belle-mère, grand-mère) dans 450 cas, et une figure paternelle pour 125 d'entre eux. Les résultats révèlent une tendance claire : plus le score d'interférence est élevé, plus l'attachement devient précaire, à la fois anxieux et évitant.
Des corrélations, pas encore de causalité
Les chercheurs restent prudents : leurs résultats montrent des corrélations, pas de lien de cause à effet prouvé. Ils reconnaissent également que leur échantillon reste limité et que certaines affirmations de leur test recoupent conceptuellement l'attachement anxieux. Enfin, l'étude se concentre sur un seul adulte référent, laissant de côté la responsabilité de l'autre parent, souvent une figure paternelle.
Malgré ces limites, les résultats suggèrent que des moments répétés d'inattention pourraient progressivement influencer le sentiment de disponibilité affective d'un parent, avec des conséquences potentielles bien au-delà de l'enfance.