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Plus de 70 porteurs de lunettes Meta attaquent l'entreprise en justice pour atteinte à l'intimité

Aux États-Unis, des dizaines d'utilisateurs de lunettes connectées Meta se sont regroupés dans une action collective. Ils accusent l'entreprise d'avoir enregistré et transmis des scènes intimes sans leur consentement, y compris à un sous-traitant au Kenya. Des témoignages troublants remettent en question les promesses de confidentialité de Meta.

Sources utilisées :

Plus de 70 propriétaires de lunettes connectées Meta viennent de fusionner leurs plaintes dans une action collective déposée en Californie. Leur grief ? Des enregistrements de scènes privées, parfois dans une salle de bain, auraient été transférés automatiquement sur les serveurs de Meta, puis transmis à un sous-traitant kényan, sans que les utilisateurs aient donné leur accord. Ce qui devait rester confidentiel s'est retrouvé entre les mains d'inconnus à des milliers de kilomètres.

L'affaire repose en partie sur une enquête journalistique suédoise publiée début 2025. Elle révélait que des vidéos et photos captées par les lunettes Meta étaient envoyées à l'entreprise Sama, au Kenya, pour être analysées par des employés chargés d'améliorer les modèles d'intelligence artificielle de Meta. Je vous parlais déjà de cette affaire au mois de mars, une révélation qui avait poussé la CNIL à ouvrir une enquête.

Des lunettes qui cartonnent

Les lunettes connectées Ray-Ban Meta connaissent un succès commercial réel : 2 millions d'unités vendues sur 2023 et 2024 réunies, puis 7 millions rien qu'en 2025. Elles ressemblent à des lunettes classiques, permettent de photographier ou filmer en mains libres, et intègrent désormais Meta AI, l'assistant vocal de l'entreprise.

Mark Zuckerberg lui-même a martelé que ces lunettes étaient « conçues pour préserver votre vie privée, sous votre contrôle ». Un message rassurant qui a contribué à leur adoption rapide. Mais les témoignages rassemblés dans la plainte racontent une autre histoire.

Des enregistrements automatiques et des transferts non désirés

Le document juridique de 230 pages compile les cas de plus de 70 utilisateurs. Certains décrivent des déclenchements accidentels fréquents : un plaignant témoigne que ses lunettes s'activaient par erreur deux fois par jour. Un autre raconte avoir laissé ses lunettes sur une étagère de la salle de bain, et découvert ensuite dans sa galerie des photos de membres de sa famille en train de se laver, des images que personne n'avait voulu prendre.

La plainte affirme que Meta envoie les données captées sur ses serveurs en temps réel, que la fonction « cloud media » (sauvegarde dans le cloud) soit activée ou non. Ensuite, certaines de ces données auraient été transmises à Sama, le sous-traitant kényan, pour que des employés les examinent et les étiquettent dans le cadre de l'entraînement des algorithmes. Au-delà de cette question de sous-traitance, en septembre dernier je vous expliquais pourquoi l'usage de ces lunettes en dehors du cercle familial pose un problème juridique majeur en Europe selon l'autorité de Hambourg.

Pourquoi des humains regardent vos images

Mais pourquoi des personnes au Kenya regardent des vidéos prises en Californie ? Car c'est le fonctionnement classique de l'amélioration des modèles d'intelligence artificielle. Pour qu'un système reconnaisse des objets, des visages ou des situations, il faut des milliers d'exemples annotés par des humains. Ces annotations servent ensuite à entraîner le modèle.

Meta a répondu au Los Angeles Times en expliquant que cette pratique est courante dans l'industrie, et que l'entreprise prend des mesures pour filtrer les données afin de supprimer les informations identifiantes. Mais les plaignants estiment que ces précautions ne suffisent pas : les scènes captées restaient intimes, et l'envoi automatique contredisait les promesses de contrôle total.

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