Des lunettes d'apparence ordinaire, portées par des hommes qui filment des femmes dans la rue sans leur accord, puis diffusent ces vidéos sur internet. Ce n'est malheureusement pas un scénario de série dystopique... mais une réalité qui vient de pousser le parquet de Paris à ouvrir au moins une enquête pénale pour harcèlement sexuel. Les plaignantes n'avaient aucune idée qu'elles étaient filmées, et encore moins que leur image allait circuler en ligne.
Le parquet reste discret sur les détails : pas de marque citée, pas de nombre précis d'affaires. Mais les lunettes Ray-Ban de Meta, équipées d'une caméra et surnommées « pervert glasses » (lunettes de pervers) par certains internautes, sont au cœur des soupçons. En septembre, je vous expliquais pourquoi leur usage en public pose un problème juridique majeur en Europe. Aujourd'hui, c'est l'usage détourné en harcèlement qui fait l'objet d'une enquête pénale.
Des lunettes connectées qui séduisent par leur discrétion
Les lunettes connectées avec caméra intégrée ne sont pas nouvelles. Vous vous souvenez peut-être des Google Glass, ce prototype futuriste qui se repérait à des kilomètres ? Elles n'ont jamais vraiment décollé, justement parce qu'elles attiraient l'attention. Les Ray-Ban Meta, elles, ressemblent à des lunettes classiques. Une petite diode s'allume quand la caméra tourne, mais dans la rue, qui va la remarquer ?
Cette discrétion fait leur succès commercial. Vous filmez ce que vous voyez sans sortir votre téléphone, sans geste visible. Pour certains utilisateurs, c'est pratique. Pour d'autres, c'est une aubaine pour filmer les gens à leur insu.
Comment ces lunettes deviennent des outils de harcèlement
Le problème est simple : une caméra qui ne se voit pas, c'est une caméra qui peut filmer n'importe qui, n'importe où, sans que la personne puisse s'y opposer. Des hommes utilisent ces lunettes pour « piéger » des femmes dans l'espace public, filmer leurs déplacements, puis publier ces vidéos en ligne. Certains en font même leur « fonds de commerce » sur les réseaux sociaux.
Meta a tenté de limiter les dégâts en renforçant la visibilité de la diode lumineuse, et évoque même des modèles sans caméra. Mais comme le souligne l'association e-Enfance, voir un voyant ne signifie pas consentir à la diffusion de son image. Et encore faut-il le voir, comprendre ce que ça signifie, et avoir le temps de réagir.
La cellule cybercriminalité du parquet de Paris a testé ces appareils il y a deux semaines pour identifier les infractions qu'ils rendent possibles. De son côté, la CNIL a enregistré une dizaine de plaintes et reçoit de plus en plus de questions d'entreprises qui veulent savoir si elles peuvent interdire ces lunettes sur leur lieu de travail.
Ce que vous devez savoir
- Filmer quelqu'un à son insu dans la rue, puis diffuser l'image en ligne sans consentement, c'est illégal. Le RGPD et le Code pénal protègent votre droit à l'image. Les enquêtes en cours pourraient aboutir à des condamnations.
- La CNIL a alerté dès mai dernier sur les risques posés par ces lunettes et reçoit de plus en plus de demandes et de plaintes.
- Même si Meta améliore la diode lumineuse, cela ne résout pas le problème de fond : ces lunettes permettent de filmer avant même que vous ayez le temps de réaliser ce qui se passe.