Le gouvernement norvégien vient d'annoncer sa volonté d'encadrer strictement les lunettes connectées, allant jusqu'à envisager l'interdiction de certaines fonctionnalités comme la reconnaissance faciale dans l'espace public. Une décision rare en Europe, qui fait suite à une grogne grandissante autour des lunettes Meta.
« Ces lunettes nous rapprochent d'une société de surveillance qui menace la démocratie », alertait cet été Ida Thorsrud, juriste, dans une chronique sur le média public norvégien NRK. Un changement de ton radical : en juillet dernier, la ministre norvégienne du numérique déclarait encore « on ne peut pas interdire tout ce qu'on n'aime pas ». La pression publique et celle de l'autorité de protection des données du pays ont manifestement fait évoluer les positions.
Ces lunettes qui filment discrètement votre quotidien
Les lunettes connectées, popularisées notamment par Meta en partenariat avec Ray-Ban, ressemblent à des lunettes classiques. Cependant, elles embarquent une caméra miniature capable de filmer et photographier ce que vous regardez, souvent sans signal visuel clair pour votre entourage.
Leur succès repose sur leur discrétion et leur praticité : capturer un moment, passer un appel en mains libres, écouter de la musique… le tout sans sortir son smartphone. Mais cette même discrétion pose un problème majeur : comment savoir si la personne en face de vous est en train de vous enregistrer ?
Le risque : la reconnaissance faciale généralisée dans l'espace public
« Nous constatons que la vie privée et la protection des données des citoyens sont mises à mal par les nouvelles technologies ; c'est pourquoi je souhaite réglementer plus strictement les lunettes connectées », a déclaré Karianne Tung, ministre norvégienne chargée du numérique. Son inquiétude porte notamment sur la reconnaissance faciale automatique intégrée à ces lunettes.
Concrètement : Meta dispose déjà de la technologie permettant d'identifier automatiquement les visages filmés par ces lunettes. Même si cette fonction n'est pas encore activée en Europe, rien n'empêche techniquement son déploiement futur. « Nous savons que Meta dispose d'une technologie de reconnaissance faciale pouvant être intégrée à ces lunettes, et il est important de ne pas lui permettre de le faire », réagit Finn Lutzow-Holm Myrstad, responsable de la politique numérique au Conseil norvégien des consommateurs.
Le risque est triple : être filmé à votre insu, être identifié automatiquement dans l'espace public, et voir ces données potentiellement exploitées à des fins commerciales ou de surveillance. Une dérive qui transformerait chaque promenade en rue en exposition permanente de votre identité.
Un sujet qui n'est pas nouveau et qui mérite d'être clarifié, au mois de mars je vous parlais déjà de ces lunettes pour des problématiques d'images visionnées par des sous-traitants de Meta.