Dans une usine du sud de l'Inde, des ouvriers arrivent le matin avec une caméra fixée sur la tête. Pendant plusieurs heures, elle filme leurs moindres faits et gestes : étiqueter un sac, saisir un objet, le déposer ailleurs. Des vidéos qui sont ensuite transmises à des entreprises qui conçoivent des robots humanoïdes. En échange, les travailleurs reçoivent 2,30 euros de l'heure, en plus de leur salaire habituel.
Cette situation peut sembler lointaine, mais elle révèle un mécanisme qui concerne directement l'avenir de nombreux métiers, y compris en France. Pour apprendre à un robot à effectuer une tâche physique, il faut d'abord lui montrer comment un humain la réalise. Et pour cela, l'intelligence artificielle a besoin d'une quantité massive de vidéos.
Pourquoi les robots ont besoin de données humaines
Les robots humanoïdes que développent Tesla, Google ou Figure AI ne peuvent pas encore effectuer seuls des gestes aussi simples que ranger une serviette dans une armoire ou visser une ampoule. Pour y parvenir, leurs intelligences artificielles doivent être entraînées avec des milliers d'heures de vidéos montrant des humains accomplir ces tâches.
En Inde, une entreprise produit actuellement 1 000 heures de vidéo chaque jour. Des employés payés environ 250 euros par mois se filment plusieurs heures quotidiennement en train d'effectuer des tâches basiques, parfois avec des pinces qui imitent la mécanique d'un robot. Ces images alimentent directement les systèmes d'apprentissage des futurs robots.
Des dizaines de vidéos d'ouvriers indiens filmant ainsi leur travail, sur des chantiers ou en usine, ont circulé sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Une jeune ouvrière interrogée confie : "Je filme et collecte les données d'un travail que je fais déjà, tout ça pour l'intelligence artificielle. Bien sûr que je me pose la question" de savoir si un robot pourrait un jour la remplacer.
Ce que ça change pour nous
- La robotisation se nourrit du travail humain. Les données collectées aujourd'hui servent à construire les machines de demain, qui pourraient nous remplacer ceux-là mêmes qui les ont entraînées
- Les métiers manuels sont directement concernés. Logistique, entretien, manutention, assemblage : tous les gestes répétitifs peuvent être filmés, analysés et potentiellement automatisés