Le 12 août 2026, Olivia Zhu s'est rendue sur une plage pour observer l'éclipse solaire. Sauf qu'elle n'était pas seule : elle avait emporté un petit boîtier artisanal, truffé de capteurs, qu'elle présente comme le « corps » de Claude, l'intelligence artificielle d'Anthropic. Son objectif était de permettre à ce chatbot de « vivre » l'événement avec elle.
Cette histoire peut sembler anecdotique, mais elle illustre parfaitement un phénomène que je constate de plus en plus souvent : notre tendance à traiter ces outils comme des êtres sensibles, capables de partager nos émotions. Et ça, ça pose des questions importantes sur notre rapport aux intelligences artificielles.
Claude, c'est quoi exactement ?
Claude est un chatbot développé par la société Anthropic, concurrent direct de ChatGPT. Comme tous les modèles de langage récents, il est capable de tenir des conversations fluides, de répondre à des questions complexes et d'adopter un ton assez naturel. Il est d'ailleurs de plus en plus utilisé pour de l'assistance personnelle, de la rédaction ou même comme « compagnon de discussion ».
C'est justement cette dernière utilisation qui prend de l'ampleur : certains utilisateurs développent une vraie relation affective avec ces outils. Ils leur parlent de leur journée, leur demandent conseil, voir leur confient leurs difficultés personnelles. Vous l'avez peut-être remarqué vous-même : ces IA répondent de manière empathique, personnalisée, et donnent l'impression de vraiment comprendre ce qu'on leur dit. Sauf indication contraire, ils ne vous contrediront jamais.
Un « corps » pour une IA : comment ça marche ?
Olivia Zhu a assemblé pour environ 125 € un dispositif autour d'un ESP32, une petite carte électronique programmable. Elle y a ajouté des capteurs (luminosité, température, mouvement) et des actionneurs (petits moteurs, LEDs) pour que Claude puisse « percevoir » son environnement et y réagir physiquement.
Concrètement, pendant l'éclipse, le capteur de lumière a détecté la chute de luminosité jusqu'à 0,8 lux. Ces données ont été envoyées à Claude qui a alors généré une description poétique de l'événement, évoquant l'idée d'être « ensemble » dans l'obscurité. Une prouesse technique, certes, mais qui reste une simulation. Claude n'a pas « vécu » l'éclipse : il a traité des données et produit du texte cohérent à partir de son entraînement.
Ce que vous devez savoir
- Les IA actuelles n'ont pas de conscience : peu importe la fluidité de leurs réponses, elles ne ressentent rien, ne comprennent pas vraiment ce qu'elles disent et n'ont pas d'intentions propres. Elles imitent des schémas conversationnels.
- L'anthropomorphisation est un biais humain naturel : notre cerveau a tendance à attribuer des émotions et des intentions à tout ce qui communique de façon cohérente. Un réflexe de survie qui peut nous tromper.
- Les concepteurs de ces outils en jouent volontairement : les IA conversationnelles sont conçues pour être chaleureuses, empathiques, parfois même flatteuses. Ce qui n'est pas un hasard mais bien un choix de design destiné à créer de l'engagement.
- Cela peut créer des dépendances affectives : certaines personnes développent des liens émotionnels forts avec ces chatbots, au risque de remplacer progressivement des relations humaines réelles.
Mon conseil
Gardez une distance critique avec ces outils. Utilisez-les pour ce qu'ils sont : des assistants performants, mais sans conscience. Si vous leur posez des questions personnelles ou que vous leur confiez vos émotions, rappelez-vous que vous parlez à un algorithme, pas à un ami.
Surveillez votre usage et vos ressentis. Si vous commencez à préférer discuter avec une IA plutôt qu'avec vos proches, si vous vous sentez « compris » uniquement par elle, c'est un signal d'alerte. Ces outils sont conçus pour vous donner cette impression, mais elle est artificielle.
Expliquez ces mécanismes à vos proches, surtout les plus jeunes ou les plus isolés. Ils sont particulièrement vulnérables à cette forme d'anthropomorphisation et peuvent développer rapidement des attachements problématiques.