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Des libraires anglais et irlandais reçoivent des commandes étranges… pour entraîner des IA

Depuis quelques mois, des librairies d'occasion britanniques et irlandaises reçoivent des commandes massives de livres sans aucune cohérence thématique. Derrière ces achats mystérieux : des entreprises qui scannent et détruisent les ouvrages pour nourrir des intelligences artificielles.

Depuis trois mois, des libraires d'occasion au Royaume-Uni et en Irlande reçoivent des commandes inhabituelles : des lots de livres totalement hétéroclites, mélangeant une traduction estonienne d'un roman d'espionnage, un guide sur les outils agricoles africains du XVIIIe siècle et une biographie de pilote de course des années 1950. Aucune logique éditoriale ni aucun sens pour le marché habituel du livre de seconde main. Une explication plus probable : ces livres sont achetés pour être scannés, entraîner des systèmes d'intelligence artificielle puis détruits.

Stuart Manley, copropriétaire de Barker Books dans le nord de l'Angleterre, témoigne au Guardian : « On dirait qu'un être humain ou une machine fouille au hasard dans le bac des livres d'occasion. Ce qu'ils achètent n'a aucun sens au regard des tendances générales du marché. » Jim Shaughnessy, libraire irlandais, rapporte des demandes similaires depuis mai. Ces commandes proviennent d'acheteurs installés aux États-Unis, au Canada, en Europe continentale et au Royaume-Uni.

Pourquoi les entreprises d'IA achètent-elles des livres d'occasion ?

Les grands modèles de langage comme ChatGPT, Claude ou Gemini ont besoin d'énormes quantités de textes pour apprendre à écrire correctement. Les entreprises qui les développent cherchent donc des contenus diversifiés et de qualité. Les livres, même d'occasion, représentent une mine d'or textuelle : romans, essais, biographies, manuels techniques… autant de styles d'écriture différents.

Début 2025, le Washington Post révélait qu'Anthropic, la société éditrice de Claude, avait investi des millions de dollars dans un projet baptisé en interne « Panama ». L'objectif est d'acquérir massivement des livres, les découper, les scanner page par page, puis les détruire pour ne garder que le contenu numérique. L'entreprise voulait que Claude apprenne à « bien écrire », plutôt qu'à reproduire du « langage internet de mauvaise qualité ».

Anthropic s'est d'abord tournée vers de grands groupes de revente comme World of Books (britannique) et Better World Books (américain), puis vers des prestataires spécialisés dans la numérisation industrielle. Le processus est industriel : on coupe le dos du livre, on tranche les pages, on les numérise une à une et l'objet physique est détruit.

Ce que vous devez savoir

  • Les livres que vous revendez peuvent finir détruits et numérisés pour entraîner des IA, sans que vous ni l'auteur original n'en soyez informés ou rémunérés.
  • Anthropic a accepté de verser environ 1,3 milliard d'euros pour solder une action collective d'auteurs, mais un juge américain a estimé que cette pratique relevait du « fair use », une exception au droit d'auteur. Le débat juridique est donc loin d'être tranché.
  • Cette pratique bouleverse le marché du livre d'occasion, avec des achats massifs qui faussent les prix et les disponibilités habituelles.
  • D'autres entreprises d'IA (Meta, Google, OpenAI…) font face à des accusations similaires de non-respect du droit d'auteur pour l'entraînement de leurs modèles.
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