95 millions d'euros détournés en une seule opération... C'est le butin qu'ont réussi à voler des escrocs en février 2026 auprès de Fideuram, la filiale de banque privée du premier établissement bancaire d'Italie. Leur arme était une fausse voix d'avocat générée par intelligence artificielle, si crédible que personne n'a détecté la supercherie à temps.
L'affaire a été révélée fin septembre par l'agence Reuters, qui s'appuie sur deux sources proches du dossier. Depuis, 53 millions d'euros ont pu être récupérés grâce à la coopération internationale. Mais 36 millions restent introuvables, probablement convertis en cryptomonnaies. Le parquet de Milan a ouvert une enquête pour fraude informatique.
La fraude au président, version 2026
Cette arnaque s'appelle une « fraude au président ». Le principe est connu depuis des années : des escrocs se font passer pour un dirigeant de l'entreprise et demandent un virement urgent à un collaborateur. Ils misent sur deux leviers psychologiques puissants : l'autorité hiérarchique et l'urgence.
Sauf que désormais, l'intelligence artificielle permet de franchir un nouveau cap. Dans le cas de Fideuram, les fraudeurs ont d'abord usurpé l'identité du patron sur WhatsApp. Puis, pour achever de convaincre leur victime, ils ont cloné la voix d'un avocat lors d'un appel téléphonique. La personne au bout du fil a entendu une voix qu'elle connaissait, avec les bonnes intonations et le bon rythme. Difficile pour eux de douter dans ces conditions. Un sujet que j'évoquais déjà avec vous en juillet dernier lors de l'exploitation massive de FaceTime par des escrocs se faisant passer pour des conseillers bancaires : l'image et le son rassurent, en créant l'illusion de l'authenticité et facilitant la manipulation.
Pourquoi l'IA rend ces arnaques plus dangereuses ?
Avant, pour imiter une voix de manière crédible, il fallait des moyens techniques importants. Aujourd'hui, une petite minute d'enregistrement suffit pour entraîner un modèle d'IA capable de reproduire une voix de façon convaincante. On trouve ces outils en ligne pour quelques dizaines d'euros.
Les escrocs n'ont donc plus besoin d'être des experts. Ils récupèrent un échantillon de voix sur une vidéo LinkedIn, un podcast d'entreprise ou encore une interview publique. Puis ils génèrent un message vocal ou passent un appel en direct avec la voix clonée. Le résultat est suffisamment réaliste pour tromper même des personnes habituées à parler avec la personne imitée.
Dans cette affaire, la combinaison WhatsApp + voix clonée a créé une illusion parfaite. Le collaborateur visé a cru échanger avec son patron et un avocat de confiance et a donc validé le virement.
Ce que vous devez savoir
- Ces arnaques ne visent plus seulement les grandes entreprises. Les TPE et PME peuvent être ciblées exactement de la même manière, avec des montants adaptés à leur taille.
- Les sommes perdues sont rarement récupérées entièrement. Dans cette affaire, plus d'un tiers de l'argent volé reste introuvable, probablement converti en cryptomonnaies et dispersé.
Mon conseil
Ne validez jamais un virement demandé par téléphone ou messagerie sans vérification par un autre canal. Tout virement inhabituel ou urgent doit être confirmé en face-à-face ou par un deuxième moyen de communication indépendant. Un email de confirmation ne suffit plus : il peut être compromis lui aussi.
Soyez particulièrement vigilant si on vous met la pression. L'urgence est toujours le meilleur allié de l'escroc.