En France, plus de 80 % des 13-14 ans utilisent Snapchat au moins une fois par mois. Mais cette messagerie tant appréciée des adolescents est désormais dans le collimateur de Bruxelles. La Commission européenne vient d'ouvrir une enquête officielle contre la plateforme pour manquement grave à la protection des mineurs.
Les griefs sont sérieux : exposition à des sollicitations sexuelles (ce qu'on appelle le « grooming »), vente de produits interdits (drogues, alcool, cigarettes électroniques), et un système de vérification d'âge jugé comme « l'un des plus faibles du marché » par un responsable européen. Si les violations sont confirmées, Snap risque une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d'affaires mondial annuel.
Snapchat plaît aux ados
Snapchat compte environ 100 millions d'utilisateurs actifs en Europe, dont une majorité d'adolescents. Son succès repose sur un concept simple : les messages et photos disparaissent après consultation. Cette promesse d'éphémère rassure les jeunes, qui se sentent libres de partager sans laisser de traces permanentes.
La plateforme propose aussi des fonctionnalités addictives : filtres amusants, « streaks » (séries de messages quotidiens à maintenir), géolocalisation des amis... Autant d'éléments qui font de Snapchat l'un des réseau social privilégié des moins de 18 ans, bien avant Instagram ou TikTok dans certaines tranches d'âge.
Les failles de sécurité pointées par Bruxelles
Un système de vérification d'âge dérisoire
Le cœur du problème, c'est que Snapchat se contente de l'auto-déclaration : l'utilisateur coche simplement une case indiquant sa date de naissance. Aucune vérification réelle n'est effectuée. Des mineurs se déclarent donc majeurs pour contourner les restrictions, tandis que des adultes malveillants se font passer pour des adolescents afin d'approcher des enfants.
Cette même semaine, la Commission a d'ailleurs jugé que le simple fait de cocher une case pour déclarer son âge, pratiqué par quatre sites pornographiques, était insuffisant pour protéger les mineurs. Le message est clair : cette époque est révolue.
Des paramètres par défaut qui exposent les jeunes
Au-delà de la vérification d'âge, plusieurs mécanismes de la plateforme inquiètent les enquêteurs européens :
- La fonctionnalité « Trouver des amis » recommande automatiquement des profils d'enfants et d'adolescents à des utilisateurs adultes
- Les notifications sont activées par défaut, un mécanisme que Bruxelles identifie explicitement comme un outil d'addiction
- Les outils de signalement de contenus illicites sont jugés peu accessibles et peu efficaces
- La plateforme ne semble pas empêcher efficacement la diffusion d'informations sur la vente de produits interdits aux mineurs
Snapchat a répondu que « la sécurité et le bien-être de tous les utilisateurs est une priorité absolue » et indique collaborer avec l'UE sur un système de vérification d'âge en cours de développement. Ce dispositif permettrait de prouver sa majorité sans divulguer de données personnelles.
- Cette enquête s'appuie sur le DSA (Digital Services Act), le nouveau règlement européen sur les services numériques entré en vigueur en 2023, qui impose des obligations strictes aux grandes plateformes
- Snapchat n'est pas seul dans le viseur : des enquêtes DSA ont déjà été ouvertes contre TikTok, X, Facebook, Instagram, AliExpress et plusieurs sites pornographiques
- L'enquête pourrait durer plusieurs mois et aboutir à des mesures coercitives, voire à une interdiction temporaire de certaines fonctionnalités